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4 décembre, 2025

Alliés de nature: la conservation comme bouclier climatique

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Nicolas Mainville

Nicolas Mainville
Directeur conservation et climat à la SNAP Québec

Saviez-vous que plus on protège la nature, plus on lutte efficacement contre les changements climatiques? Encore mieux, saviez-vous que de laisser la nature tranquille lui permet de mieux s’adapter aux changements en cours? En fait, les milieux naturels sont des éponges à carbone et il suffit simplement de les laisser vivre pour qu’ils captent le carbone de l’atmosphère et réduisent ainsi les niveaux de gaz à effet de serre qui sont à la base des perturbations climatiques. C’est ce que nombre de publications scientifiques nous démontrent, et c’est ce qui nous motive à faire avancer des dizaines de projets de conservation à travers le Québec tel que nous partageons dans une nouvelle vidéo animée publiée cette semaine.

Dans cette nouvelle capsule animée, on voit comment le Québec a tout à gagner à protéger ses écosystèmes riches en carbone et atteindre sa cible de 30% de conservation pour 2030.

Des pressions sur les milieux naturels qui se multiplient

Nos écosystèmes sont précieux pour la stabilité de notre climat, mais ils sont grandement menacés par l’exploitation industrielle qui vise à en extraire les arbres, les minerais ou le potentiel énergétique. Ainsi, depuis des décennies maintenant, nos forêts québécoises sont exploitées à un rythme soutenu de plus de 1000 terrains de football par jour. Comme démontré dans notre dernière capsule vidéo, l’exploitation forestière accélère la crise climatique en libérant d’immenses quantités de carbone vers l’atmosphère et empêche la forêt de continuer à jouer son rôle de puits de carbone pendant des décennies après la coupe.

Coupe totale en forêt boréale
Encore aujourd’hui, ce sont plus de 1000 terrains de football de forêt qui sont coupés chaque jour au Québec, ce qui a d’immenses impacts sur le climat et la biodiversité.

Encore aujourd’hui, ce sont plus de 1000 terrains de football de forêt qui sont coupés chaque jour au Québec, ce qui a d’immenses impacts sur le climat et la biodiversité.

À la pression forestière s’ajoute l’emprise minière: plus de 78 500 km2 ou 14,4% des terres publiques du Québec méridional est actuellement chevauché par un titre minier. La présence de l’industrie minière est un des principaux obstacles à la conservation à l’heure actuelle, et est aussi la principale cause de destruction des milieux humides de la province. Selon les données gouvernementales, 30% des tourbières détruites entre 2017 et 2023 l’ont été pour mettre en place l’activité minière. Enfin, l’étalement urbain et la conversion de terres forestières en terres agricoles contribuent également à réduire la superficie de nos milieux naturels, particulièrement les milieux humides qui sont souvent considérés comme fertiles.

C’est face à la multiplication de ces menaces que la mobilisation citoyenne prend de l’ampleur et que les initiatives de conservation comme Nature alliée prennent tout leur sens. Les milieux naturels offrent des services écosystémiques d’une valeur inestimable, notamment la régulation du climat et la sauvegarde de la biodiversité. Mais ils sont aujourd’hui grandement menacés et méritent notre pleine attention afin d’éviter qu’ils ne disparaissent ou soient fortement fragmentés.

Des millions d’hectares de sites « clé-en-main » pour le gouvernement

L’initiative Nature alliée rallie des partenaires autochtones, des groupes citoyens, des municipalités et des groupes de recherche universitaires afin de mettre en place des projets de conservation de milieux naturels riches en carbone et ainsi participer à la lutte aux changements climatiques et à l’atteinte de la cible de 30% d’aires protégées du gouvernement du Québec pour 2030. Ce sont plus de 30 sites couvrant près de 2 millions d’hectares qui sont déjà identifiés, documentés et cartographiés. Ces sites sont menacés et méritent la pleine attention du gouvernement québécois, sans quoi ils risquent de perdre leurs attributs si précieux de puits de carbone et de refuges pour la biodiversité.

Apprenez-en plus sur les sites à protéger de l’initiative Nature alliée



Un projet soutenu par la science

Parmi les atouts de l’initiative Nature alliée, les travaux de recherche visant à mesurer les stocks de carbone des zones à protéger offrent un outil de grande qualité aux partenaires qui souhaitent mettre en avant la valeur climatique des sites visés. En plus de quantifier le carbone emmagasiné dans les sols et la végétation des zones à protéger, les chercheurs de l’Université du Québec en Outaouais, de l’Université Laval, de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, de l’Université du Québec à Montréal et de l’INRS tentent de démontrer par leurs travaux de recherche l’impact significatif qu’aurait la destruction ou la perturbation de ces milieux exceptionnels sur leurs stocks de carbone. De plus, les chercheurs de l’INRS sont en train de développer un outil cartographique combinant les données d’échantillonnage terrain des autres partenaires scientifiques, des images aériennes des sites visés prises par drone, des images satellites de haute résolution et les données de la littérature scientifique afin d’identifier les zones à plus forte densité de carbone et d’appuyer la prise de décision lors de la mise en place des projets de conservation.

Lac Crystal
Le lac Crystal, un des nombreux sites prioritaires à la conservation ciblé par l’initiative Nature alliée, illustre bien l’urgence d’agir. Cet écosystème exceptionnel est directement menacé par des plans de coupes forestières imminentes.

Finalement, les outils cartographiques, la mobilisation, la documentation et le développement d’un argumentaire irréfutable pour chaque site visé servent à donner tous les outils au gouvernement pour qu’il passe à l’action, octroie un statut de protection à ces zones menacées et respecte ses engagements d’atteindre 30% de conservation d’ici 2030. Ces sites sont de véritables boucliers climatiques et des refuges inespérés pour de nombreuses espèces. Quand il est question d’aménagement du territoire, la meilleure façon de lutter contre les crises du climat et de la biodiversité sera toujours de laisser la nature suivre son cours, sans la déranger.