Une cible qu’il faudra atteindre coûte que coûte
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Directeur général de la SNAP Québec
La campagne électorale québécoise est encore jeune, mais nous savons déjà qu’elle marquera un tournant important pour la biodiversité. Au-delà des nouveaux visages qui feront leur entrée à l’Assemblée nationale, ces élections surviennent à un moment charnière. Le parti qui formera le prochain gouvernement devra remplir une mission d’envergure : atteindre la cible de conservation de 30 % du territoire québécois d’ici 2030, comme nous nous y sommes collectivement engagés en 2022 lors de la COP 15.
Il suffit de regarder le chemin parcouru jusqu’à maintenant pour prendre la pleine mesure du défi à relever. Les aires protégées et les autres mesures de conservation efficace (AMCE) couvrent respectivement 17 % et 12 % du territoire terrestre et marin du Québec. En milieu terrestre, il nous reste quatre ans pour protéger près de 200 000 km2, soit ajouter 13 % au compteur. En milieux marin et côtier, c’est environ 27 500 km2 qu’il manque pour atteindre 30 %. Pour demeurer représentatifs de la diversité des milieux naturels, des gains importants devront être faits dans le sud de la province, où les conflits d’usages en terres publiques se multiplient autour des travaux forestiers ou miniers, des projets énergétiques et des activités récréotouristiques. En somme, nous devrons considérablement augmenter la cadence pour nous rendre à destination.
À cette difficulté s’en ajoute une autre de taille. Alors que l’horizon de 2030 se rapproche, les voix qui considèrent la protection de la nature comme une priorité nationale peinent à se faire entendre dans un contexte de bouleversements géopolitiques et de préoccupations économiques.
Pour rassurer la population, les gouvernements foncent tête baissée vers la croissance économique, l’accélération de projets industriels et l’extraction des ressources naturelles. Dans cette course folle au développement, les enjeux environnementaux sont présentés comme des obstacles encombrants qu’il faudrait contourner, sinon ignorer.
Or, la grande majorité de la population considère que la conservation de la nature est essentielle à la prospérité à long terme du pays et à l’amélioration des conditions de vie. Au Québec, dans un sondage commandé à la firme Léger en mai 2025, 90 % des répondants déclaraient ressentir les bénéfices des moments passés en nature pour leur bien-être tandis que 88 % souhaitaient pouvoir y consacrer plus de temps1.
À ces données s’ajoute un nombre croissant d’études scientifiques démontrant le lien direct entre la santé des individus et l’accès à la nature. Les milieux naturels accessibles sont de puissants moteurs de développement régional qui favorisent l’entrepreneuriat et renforcent l’attractivité des régions.
Atteindre nos cibles de conservation de la biodiversité, ce n’est pas seulement un objectif environnemental : c’est une opportunité d’avancer concrètement dans la réconciliation avec les peuples autochtones, sachant que la pérennité de la culture et du savoir des communautés est étroitement liée à la protection et à l’accès au territoire. C’est également un projet de société à prioriser pour répondre aux chamboulements mondiaux. Conserver la nature, c’est conserver qui nous sommes, c’est développer des emplois et des milieux de vie dynamiques, c’est prendre soin du tissu social de nos régions.
Des chantiers à prioriser pour le prochain gouvernement
Heureusement, le prochain gouvernement n’aura pas à repartir de zéro. Au cours des dernières années, les graines ont été plantées pour permettre de faire des gains considérables en matière de conservation.
En 2024, le gouvernement du Québec a lancé un vaste appel à projets afin que la population identifie des territoires propices à la création de nouvelles aires protégées. Cet appel a été entendu : plus de 400 projets ont été déposés par des citoyens et des élus locaux avec l’appui de leur MRC et ont cheminé jusqu’aux tables régionales de concertation qui s’apprêtent à faire leurs recommandations. Au lendemain des élections, ce sera au gouvernement du Québec de prendre le relais pour les concrétiser.
Une réforme du régime forestier est également essentielle pour rendre possibles les initiatives de conservation dans nos forêts publiques.
Après l’échec de la tentative de réforme proposée en 2025, les syndicats de travailleurs forestiers, les Premières Nations, les groupes environnementaux et les gestionnaires de territoires publics se sont réunis pour proposer une vision commune de l’avenir de la foresterie.
Plusieurs solutions émanant de cette vision permettraient de protéger les habitats d’espèces en péril tout en soutenant une transition industrielle pour les communautés forestières.
Ces deux chantiers prioritaires seront l’occasion pour le prochain gouvernement de mettre le Québec sur la bonne voie afin d’atteindre nos cibles de conservation. Plutôt que de donner dans les reproches et le cynisme, nous souhaitons vivement que cette campagne électorale soit l’occasion de donner un nouvel élan afin de remplir nos engagements en matière de biodiversité. Il nous reste peu de temps, mais en agissant maintenant, nous avons bon espoir que le vent de renouveau qui soufflera sur l’Assemblée nationale nous permettra de rendre la nature protégée, aimée et accessible dans toutes les régions et pour mille générations.

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